L'Oise politique à la veille des élections de 2007

FN et triangulaires
Le FN est particulièrement implanté dans l’Oise. Jean-Marie Le Pen est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle de 2002. Le département n’est pas un des fiefs les plus célèbres du FN, car celui-ci n’a pas été en situation d’accéder à des exécutifs locaux, comme dans le sud-est. De plus, le score global de l’extrême-droite n’est pas très différent de ceux réalisés dans une large partie du grand bassin parisien, du nord et de l’est de la France, soit un peu au dessous de ceux réalisés en Alsace ou PACA.
En fait, le pouvoir de nuisance du FN est ici un des plus forts du pays, et il contribue à générer une instabilité politique impressionnante. La force, importante, de ce parti est en effet répartie de façon relativement homogène, si bien qu’aucun territoire n’y échappe vraiment. Résultat : à ma connaissance, l’Oise est le seul département du territoire où, en 1997 (record du nombre de présence FN au second tour des législatives), les candidats lepénistes sont présents en triangulaire dans toutes les circonscriptions, sans exception.
De plus, il faut relativiser le postulat selon lequel, malgré un potentiel relativement fort, le FN ne peut être menaçant, en raison de son homogénéité géographique et de son absence de fief « visible ». En réalité, le FN est sensiblement plus fort dans la moitié sud de l’Oise, et surtout dans l’extrême nord-est, autour de Noyon. Ici également, l’Oise détient un élément quasi-unique d’histoire électorale : l’élection en 1998 d’un conseiller général FN à Noyon. Dans un mode de scrutin semblable à celui des législatives, les performances équivalentes se comptent sur les doigts d’une seule main (exemple : Var, Bouches-du-Rhône). Si l’on note que le canton de Noyon était détenu par le droite avant 1998, et par la gauche depuis 2004, dans un contexte où les majorités au Conseil Général tiennent à une voix, on a un résumé de la précarité de la situation.
Instabilité des élus
Peu d’élus, même notables, paraissent électoralement en sécurité dans l’Oise. Les résultats contradictoires se succèdent. Le poids du FN explique que tant de mandats paraissent des sièges éjectables, mais ce pouvoir de nuisance est d’autant plus fort que le département connaît un relatif équilibre entre droite et gauche : en 1995, dernier second tour non triangulaire ayant eu lieu de façon homogène sur l’ensemble du département, l’Oise a été le seul département de Picardie à donner la majorité à Jacques Chirac, mais Lionel Jospin a fait mieux que sa moyenne nationale, en dépassant 48% (et en bénéficiant sûrement du report de nombreux électeurs Le Pen du premier tour). La conjonction de cet équilibre global des forces et de l’encombrante présence frontiste explique le côté spectaculaire de certains résultats. Et aide à comprendre l’attitude compréhensive de l’ancien Président du Conseil Général, Jean-François Mancel, avec le FN.
Ainsi, lors des cantonales, la progression de la gauche semble continue depuis 1992, mais il n’en va pas aussi simplement. Les cantons renouvelés en 1992, 1998 et 2004 voient leur bilan sans cesse s’améliorer. Mais cela est dû aussi à une conjoncture nationale catastrophique pour le PS en 1992, excellente en 1998, au moment où Charles Baur, Président du Conseil Régional, fait partie des Présidents de droite réélus grâce au FN, et enfin euphorique en 2004. Pourtant, cette même année, le PS a aussi reperdu un canton, celui de Saint-Just-en-Chaussée. Si le basculement de Lassigny à gauche, lors d’une partielle en décembre 2002, ne s’était pas confirmé, l’UMP tiendrait toujours le département.
Les cantons renouvelés en 1994 et 2001 illustrent mieux l’instabilité : le bilan est globalement positif en 2001, mais il est en fait contrasté. Le PS gagne Le Coudray, Nanteuil-le-Haudouin, Compiègne sud-ouest, Compiègne sud-est, Ressons, mais abandonne Neuilly-en-Thelle, Betz et Breteuil, qu’il perd très largement.
L’instabilité se retrouve en confrontant les résultats d’élections différentes. Ainsi des municipales et des cantonales. En 2001, le PS prend le contrôle de deux des trois cantons de Compiègne, sans avoir jamais été en position d’inquiéter la droite à la mairie. Dans le même ordre d’idée, il perd Beauvais la même année, alors qu’il confirme, même de justesse, son implantation dans le seul canton renouvelable de la ville, et qu’il a conquis les deux autres à peine trois ans plutôt, inaugurant un grand chelem confirmé en 2004.
Ainsi également des cantonales et des législatives. La gauche est à son plancher dans la 5ème circonscription, alors qu’elle en détient désormais 3 des 5 cantons. Elle perd en 2002 la circonscription de Creil – Clermont (7ème), la seule dont elle détient tous les cantons.
Par ailleurs, le résultat de 2002 paraît à première vue similaire à celui de 1993 (1 député de gauche, 6 de droite), alors qu’il est en fait très différent : la gauche est présente partout au second tour, alors que, 9 ans plus tôt, il y avait 3 duels droite – FN et deux réélections de la droite au premier tour. De surcroît, elle n’est battue que de justesse dans la 6ème et la 7ème (49% environ), et 4 de ses 5 élus sortants améliorent leur résultat en pourcentage, en l’absence du FN, l’exception étant… Yves Rome, qui se maintient cependant, à 1% près, tout comme le candidat des Verts dans la 4ème.
Conclusion : dans l’Oise, il suffit de pas grand-chose (variation du FN, conjoncture nationale) pour passer d’une victoire historique à une déroute intégrale.
Si on ajoute que la perte du Conseil Général par la droite peut aussi s’interpréter comme largement favorisée par les affaires que certains de ses leaders traînaient, beaucoup ne parieraient pas sur le prolongement de la domination d’Yves Rome.
Pourtant, rien n’est joué. Personne ne peut savoir ce que sera le contexte national en 2007. La progression de la gauche dans l’assemblée départementale est aussi un phénomène de long terme sur près de 15 ans. Surtout, le fait même que sa victoire ait été acquise malgré des pertes en 2001 et 2004, montre que des marges de progression existent, et que rien n’est perdu d’avance.
Progression de la gauche au Conseil Général :
| | Elus de gauche | Elus de droite | Elus FN |
1992-1994 | 12 (PCF 3 – PS/DVG 9) | 29 | 0 |
1994-1998 | 16 (PCF 4 – PS/DVG 12) | 24 | 1 |
1998-2001 | 19 (PCF 4 – PS/DVG 15) | 21 | 1 |
2001-2004 | 21 (PCF 3 – PS/DVG 18) | 20 | 0 |
- Circonscription 1 :
2004 :
- Beauvais-Nord-Est : Henri Bonan PS 48,02% (Dassault UMP 36,39 FN 15,59) ; 98 : PS ; 92 : UDF
- Crèvecoeur-le-Grand : André Coet UMP 51,48% (PS 31,57 FN 16,96) ; 98 ; RPR ; 92 : RPR
- Froissy : Alain Vasselle 45,05% UMP (PRG 39,72 FN 15,23) ; 98 : RPR ; 92 : RPR
- Marseille-en-Beauvaisis : Jean-Paul Callens 45,45% DVD (PS 37,74 FN16,80) ; 98 : RPR ; 92 : RPR
- Saint-Just-en-Chaussée : Frans Desmedt UMP 42,54% (PS 42,06 FN 15,4) ; 98 : PS ; 92 : PS
2001 :
- Beauvais-Nord-Ouest : Becquerelle PS 51,23 (RPR 48,77) ; 94 : PS
- Breteuil : Cauwel DVD 57,88% (PS 42,12) ; 94 : PS
- Maignelay-Montigny : Fontaine DVD 50,61 T1 (PS 33,6) ; 94 : RPR
- Nivilliers : Yves Rome PS 54,40 (RPR 28,55 FN 17,05) ; 94 : PS
- Circonscription 2 :
2004 :
- Beauvais-Sud-Ouest : Sylvie Houssin PS 54,32 (UMP 45,68) ; 98 : PS ; 92 : RPR
- Formerie : Gérard Decorde UMP 53,15% T1 (PS22 FN17) ; 98 : RPR ; 92 : RPR
- Chaumont-en-Vexin : Gerard Lemaitre UMP 41,98% (PS 39,40 FN 18,63) 98 : RPR ; 92 : RPR
- Noailles : Jean-François Mancel UMP 45,81% (PS 36,67 FN 17,52) ; 98 : RPR ; 92 : RPR
- Songeons : Thierry Maugez PRG 53,15 (DVD 46,85) ; 98 : UDF ; 92 : UDF
2001 :
- Auneuil : Oguez DVD 57,61% (RPF 42,39) ; 94 : DVD
- Grandvilliers : Bouvier DVD 51,07% (PS35,87 FN 15,06) ; 94 : DVD
- Le Coudray-Saint-Germer : Aubry PS 54,51 (DVD 45,49) ; 94 : RPR
- Circonscription 3 :
2001 :
- Creil-Sud : Villemain PS (UDF FN) ; 94 : PS
- Méru : Letellier DVD 72,60 (PS 27,40) ; 94 : DVD
- Montataire : Blanchard PC 62,99% (RPR 37,01) ; 94 : PC
- Neuilly-en-Thelle : Bremard DVD 59,95% (PS 40,05) ; 94 : PS
- Circonscription 4 :
2004 :
- Pont-Sainte-Maxence : Jean-Claude Hrmo UMP 44,94 ( PS 37,55 FN 17 ,51) ; 98 : RPR ; 92 : RPR
- Senlis : Christian Patria UMP 60,71% (PS 39,29) ; 98 : UDF ; 92 : UDF
- Chantilly : Patrice Marchand UMP 50,43% T1 (PS 24 FN 16) ; 98 : UDF ; 92 : RPR
2001 :
- Betz : Boulland DVD 59% (PS 41) ; 94 : PS
- Nanteuil-le-Haudouin : Douet PS 50,56% (RPR 49,44) ; 94 : DVD
- Circonscription 5 :
2004 :
- Crépy-en-Valois :Gilles Masure PC 46,22% (UMP 35,98 FN 17,80) ; 98 : PC ; 92 : RPR
2001 :
- Attichy : Lucien Degauchy RPR 66,20% T1 (PS 14) ; 94 : RPR
- Compiègne-sud-est : Brassens PS 51,17% (DVD 48,83) ; 94 : UDF
- Compiègne-sud-ouest : Ferrieux PS 51,70 (RPR 48,30) ; 94 : UDF
- Estrées-Saint-Denis : Dottin DVD 56,01% (DVD 43,98%) ; 94 : DVD
- Circonscription 6 :
2004 :
- Guiscard : Gérard Lecomte PS 41,57 (UMP 38,95 FN 19,48) ; 98 : DVG ; 92 : PS
- Lassigny : Thierry Frau DvG 54,48% T1 (UMP 24 FN 17,5) ; 98 : UDF ; 92 : RPR
- Noyon : Patrick Deguise DVG 40,21 (FN 30,11 UDF 29,68) ; 98 : FN ; 92 : RPR
- Ribecourt : Patrice Carvalho PCF 50,56% T1 (FN 18 UMP 15) ; 98 : PC ; 92 : PC
2002 décembre : partielles
- Compiègne Nord : Eric Valroger, DvD 62% (PS 38%) ; 94 : RPR
- Lassigny : Thierry Fraut PS 55,6 (UMP 44,4)
2001 :
- Compiègne-Nord : Marini RPR 58,35 (PS 41,65) ; 94 : RPR
- Ressons-sur-Matz : Sanguinette PS 59,99% (DVD 40,01) ; 94 : DVD
- Circonscription 7 :
2004 :
- Creil-Nogent-sur-Oise : Gérard Weyn PS 53,58% (DvD 25,72 FN 20,70) ; 98 : PS ; 92 : DVD
- Mouy : Anne-Claire Delafontaine PS 39,99 (UMP 36,19 FN23,81) ; 98 : PC ; 92 : PC
2001 :
Clermont : Vantomme PS 61,85% (RPR 38,15) ; 94 : PS
Liancourt : Menn PS 53,85% (RPR 46,15) ; 94 : PS
- 1ère Circonscription Beauvais-Nivilliers
2002 : Dassault UMP 56,88% ; Rome PS 43,12%
1997 : Rome PS 44,06% ; Dassault RPR 39,56% ; Isore FN 16,38%
1993 : Dassault RPR 50,38% T1 (Rome PS 15,93)
- 2ème Circonscription Beauvais-Noailles
2002 : Mancel UMP 54,99% ; Marre PS 45,01%
1997 : Marre PS 42,44% ; Mancel RPR 39,26% ; Delcroix FN 18,30%
1993 : Mancel RPR 51,07% T1 (Maretheu FN 14,61%)
- 3ème Circonscription Creil-Montataire
2002 : Françaix PS 50,50% ; Bremard UMP 49,50%
1997 : Françaix PS 46,92% ; Chenière RPR 29,08% ; Guiniot FN 24,00%
1993 : Chenière RPR 60,48% ; Guiniot FN 39,52%
- 4ème Circonscription Chantilly-Senlis
2002 : Woerth UMP 64,14% ; Schwindenhammer Verts 35,86%
1997 : Dehaine RPR 47,69% ; Dray PS 36,84% ; Evrard FN 15,47%
1993 : Dehaine RPR 69,51% ; Evrard FN 30,49%
- 5ème Circonscription Compiègne-Crépy-en-Valois
2002 : Degauchy UMP 63,66% ; Rossignol PS 36,34%
1997 : Degauchy RPR 43,75% ; Rossignol PS 42,25% ; Letourneur FN 14,00%
1993 : Degauchy RPR 60,24% ; Ferrieux PS 39,76%
- 6ème Circonscription Compiègne-Noyon
2002 : Gonnot UMP 51,05% ; Carvalho PCF 48,95%
1997 : Carvalho PCF 42,15% ; Gonnot UDF 40,91% ; Descaves FN 16,94%
1993 : Gonnot UDF 69,84% ; Descaves FN 30,16%
- 7ème Circonscription Clermont
2002 : Courtial UMP 50,85% ; Weyn PS 49,15%
1997 : Braine PS 46,44% ; Antoine UDF 31,24% ; Francois FN 22,33%
1993 : Braine PS 39,63% ; Malaize UDF 39,05% ; Leroy FN 21,32%