Le pouvoir régional en Allemagne - tendances dans la législature 2009-2013
Cet article résume les évolutions électorales en politique intérieure allemande, en repassant au crible les renouvellements des Parlements régionaux (länder) ces dernières années.
Note: Les länder sont gouvernés par les partis dont les symboles apparaissent. Le ministre-président appartient au parti dont le logo vient en premier, et son nom est indiqué après les logos. Dans une Allemagne où les configurations politiques se multiplient, le jeu est désormais ouvert avec 5 partis représentés dans la plupart des assemblées régionales.
2010-2011:
Moins de deux ans après la réélection d'Angela Merkel à la tête d'une coalition associant désormais la CDU aux libéraux du FDP, le système électoral allemand semblait avoir cessé de pénaliser la gauche lors des élections régionales. La Rhénanie-du-nord-Westphalie, la première région d'Europe, avait ramené la gauche au pouvoir dès mai 2010, suivie de Hambourg qui avait offert une majorité absolue au SPD en février 2011. Fin mars 2011, le basculement du Bade-Wurtemberg, dominé par la CDU depuis la seconde guerre mondiale, était un événement historique et inédit, car pour la première fois les Verts devenaient le parti majoritaire au sein d'une coalition gouvernementale. Quelques mois plus tard, le parti écologiste dépassait même les 30% d'intentions de vote dans les sondages régionaux, continuant sa progression. C'est une nouveauté qui semblait devoir peser au niveau fédéral. En effet, attribuer ce sucès à un effet "Fukushima" ne tenait pas debout. Les Verts étaient depuis des mois en tête de la gauche dans les sondages, et l'accident japonais n'a pu que renforcer une tendance pré-existante. En mai 2011, le résultat de l'élection du Parlement de la ville-Etat de Brême confirmait les dynamiques observables : le SPD se maintenait à la tête du gouvernement en améliorant légèrement son résultat, et surtout, les Verts, déjà partenaire du ministre-président sortant, passaient au-dessus de 20% et dépassaient pour la première fois la CDU lors d'une élection régionale.
Du coup, la seconde chambre du Parlement fédéral, le Bundesrat, a vu sa composition progressivement modifiée. Le Bundesrat est composé de représentants des gouvernements régionaux (entre 3 et 6 voix par gouvernement selon la taille du land). A partir de 2011, la balance y penche nettement en faveur de la gauche, malgré le poids de plusieurs coalitions droite-gauche dont la configuration ne correspond pas au clivage majorité/opposition fédéral. Une nouvelle fois, une sorte de cohabitation prend forme dans la République Fédérale.
2011-2012:
Pour autant, la partie était loin d'être gagnée pour la gauche allemande. Les élections de l'automne 2011 le confirmèrent. Dans le Mecklenbourg-Vorpommern, le SPD confirmait sa première place en améliorant nettement son score, et les Verts étaient de nouveau en nette hausse. Pour autant, il leur manquait quelques voix pour pouvoir gouverner ensemble, et la grande coalition SPD-CDU était maintenue. A Berlin surtout, la coalition SPD-Linke n'a pu être reconduite en septembre 2011 du fait du tassement du parti de gauche et d'un SPD en moins grande forme que prévue dans cette ville-état où la compétition électorale est particulièrement ouverte. La nette poussée verte permettait d'envisager une coalition rouge-verte, mais des négociations chaotiques ont amené le ministre-président social-démocrate à privilégier une grande coalition avec une CDU plutôt assez marginalisée à Berlin (avec 23% des voix, elle était la seule force de droite au Parlement). De plus, l'élection berlinoise a aussi vu l'émergence d'un "parti pirate", qui semblait capter des votes qui s'orientaient auparavant vers les Verts et le SPD, fragilisant ainsi un potential bloc rouge-vert.
Au début de l'année 2012, l'élection régionale anticipée en Sarre a confirmé ces tendances complexes : le parti d'Oskar Lafontaine subit un net recul. Les Verts se tassant également (peut-être du fait de la chute de la coalition tripartite dans laquelle ils avaient rejoint la CDU et le FDP en 2009), le SPD redevenait plus clairement le premier parti de gauche, mais sans menacer la première place de la CDU, alors même que la Sarre était un fief historique de la social-démocratie. Les deux grands partis s'orientaient alors vers une grande coalition, bien que les gauches réunies auraient pu être majoritaires. Pendant ce temps, les Pirates enregistraient un deuxième succès.
D'une manière plus lisible, les élections du mois de mai accentuaient la tendance en faveur de la gauche tout en confirmant la dynamique des Pirates : la première s'impose largement en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, où les rouges-verts disposent désormais d'une majorité absolue (mettant fin à la coalition minoritaire issue des élections de mai 2010). Au Schleswig-Holstein, une coalition rouge-verte, renforcée par le parti régional SSW, chassait la CDU du pouvoir, accentuant la précarité de la situation pour la coalition fédérale au Bundesrat. Enfin, dans les deux cas, les Pirates rentraient au Parlement.
2013:
Le début de l'année 2013 est fait de paradoxe pour la gauche comme pour la droite allemande. Dans les sondages nationaux, la CDU et Angela Merkel ont tous leurs indicateurs au beau fixe, à l'inverse des sondages calamiteux du début de la législature. Dans le même temps, le vote en faveur des Pirates se tasse progressivement, au point qu'il menace désormais beaucoup moins le camp rouge-vert, lequel, grâce au niveau relativement élevé des intentions de vote en faveur des écologistes, reste à un niveau honorable malgré les difficultés de la campagne du candidat SPD à la chancellerie, Peer Steinbrück. Die Linke est également en perte de vitesse, mais reste à un niveau suffisant pour entrer au Bundestag. Beaucoup semble donc dépendre de la capacité du FDP, qui flirte avec la barre des 5%, à s'y maintenir aussi. Si ce n'était pas le cas, Angela Merkel pourrait être battue malgré sa popularité, ou devrait au minimum ouvrir sa coalition à la gauche après les élections fédérales de 2013.
Dans ce contexte, les élections du 20 janvier en Basse-Saxe on rendu l'ancien land de G. Schröder au SPD allié avec les Verts, précisément grâce à l'effacement de Die Linke et des Pirates. Mais le résultat s'est joué à un siège près. Un autre phénomène intéressant a pu être constaté : le transfert de dernière minute d'un nombre non négligeable de voix de la CDU vers le FDP, qu'on disait menacé de disparaître du Parlement régional - auquel cas la CDU aurait été minoritaire et isolée. Une tactique qui a failli être gagnante, puisqu'une fois la survie des libéraux confirmée, il a fallu attendre la fin de la nuit électorale pour départager la gauche et la droite.
Quelques mois plus tard, à une semaine des élections fédérales, les élections bavaroises du 15 septembre renforcent le suspense. Il est désormais clair, au niveau national, que la CDU mène le jeu, et que l'enjeu de l'élection et la nature de la prochaine coalition réside dans le destin que les électeurs réserveront au FDP. Les Verts, de façon inattendue avant l'été, sont en chute dans les sondages et le SPD n'a pas créé de dynamique particulière. Néanmoins, le total des partis de gauche (en incluant Die Linke) reste globalement équivalent à celui des partis de droite, alors qu'aucun nouvel acteur ne semble en mesure d'entrer au Parlement. Dans ce contexte, la CSU, regagnant sa majorité absolue perdue en 2009 (pour la première fois depuis 1962), semble confirmer le dynamisme du leadership conservateur. Pourtant, son score (47,7%) reste très inférieur à ceux qu'elle a pu obtenir dans le passé. Le SPD progresse un peu, mais à peine. Et les Verts marquent le pas, confirmant une situation défensive auxquelles ils étaient bien mal préparés. De son côté, le FDP s'effondre et disparaît du Parlement, ce qui peut donner des sueurs froides à la Chancelière... Ou encourager certains de ses électeurs, sur le modèle de la Basse-Saxe, à voter stratégiquement et à écarter toute incertitude sur le maintien libéral au Parlement le 22 septembre.
Qu'en sera-t-il dimanche prochain ? Le dénouement est proche.
Composition du Bundesrat, septembre 2013 :
-Baden-Württemberg
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(Kretschmann)
27/03/2011 : CDU 39,0% (60s) ; Grünen 24,2% (36s) ; SPD 23,1% (35s) ; FDP 5,3% (7s)
26/3/2006 : CDU 44,2% (69s) ; SPD 25,2% (38s) ; Grünen 11,7% (17s) ; FDP 10,7% (15s)
2001 : CDU 44,8% (63s) ; SPD 33,3% (45s) ; FDP 8,1% (10s) ; Grünen 7,7% (10s)
- Bayern
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(Seehofer)
15/09/2013: CSU 47,7% (101s) ; SPD 20,6% (42s) ; Freie Whäler 9,0% (19s) ; Grünen 8,6% (18s)
28/9/2008 : CSU 43,4% (92s) ; SPD 18,6% (39s) ; Freie Wähler 10,2% (21s) ; Grünen 9,4% (19s) ; FDP 8,0% (16s)
21/9/2003 : CSU 60,7% (124s) ; SPD 19,6% (41s) ; Grünen 7,7% (15s)
- Berlin
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(Wowereit)
18/09/2011 : SPD 28,3% (47s) ; CDU 23.3% (39s) ; Grünen 17,6% (29s) ; Die Linke 11,7% (23s) ; Piraten 8,9% (15s) ;
17/9/2006 : SPD 30,8% (53s) ; CDU 21,3% (37s) ; PDS 13,4% (23s) ; Grünen 13,1% (23s) ; FDP 7,6% (13s)
2001 : SPD 29,7% (44s) ; CDU 23,8% (35s) ; PDS 22,6% (33s) ; FDP 9,9% (15s) ; Grünen 9,1% (14s)
- Brandenbourg
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(Platzeck)
27/9/2009 : SPD 33,0% (31s) ; Linke 27,2% (26s) ; CDU 19,8% (19s) ; FDP 7,2% (7s) ; Grüne 5,6% (5s)
19/9/2004 : SPD 31,9% (33s) ; PDS 28,0% (29s) ; CDU 19,4% (20s) ; DVU 6,1% (6s)
- Bremen
(Böhrnsen)
22/05/2011 : SPD 38,6% (36s) ; Grünen 22,5% (21s) ; CDU 20,3% (20s) ; Die Linke 5,6% (5s) ; BIW 3,7% (1s)
13/05/2007 : SPD 36,8% (33s) ; CDU 25,7% (23s) ; Grünen 16,'% (14s) ; Die Linke 8,4% (7s) ; FDP 6% (5s) ; DVU 1s.
25/5/2003 : SPD 42,3% (40s) ; CDU 29,8% (29s) ; Grünen 12,8% (12s) ; FDP 4,2% (1s) ; DVU 2,3% (1s)
- Hamburg
(Schloz)
20/02/2011: SPD 48,4% (62s); CDU 21,9% (28); Grünen/GAL 11,2% (14); FDP 6,7% (9); Die Linke 6,4% (8)
24/2/2008 : CDU 42,6% (56s) ; SPD 34,1% (45s) ; Grünen 9,6% (12s) ; Linke 6,4% (8s)
29/2/2004 : CDU 47,2% (63s) ; SPD 30,5% (41s) ; Grünen 12,3% (17s)
- Hessen
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(Koch)
18/01/2009 : CDU 37,2% (46s) ; SPD 23,8% (29s) ; FDP 16,2% (20s) ; Grünen 13,7% (17s) ; Linke 5,4% (6s).
27/01/2008 : CDU 36,8% (42s) ; SPD 36,7% (42s) ; FDP 9,4% (11s) ; Grünen 7,5% (9s) ; Linke 5,1% (6s).
2/2/2003 : CDU 48,8% (56s) ; SPD 29,1% (33s) ; Grünen 10,1% (12s) ; FDP 7,9% (9s)
- Mecklenburg-Vorpommern
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(Sellering)
4/09/2011 : SPD 35,6% (27s) ; CDU 23,0% (18s) ; Die Linke 18,4% (14s) ; Grünen 8,7% (7s) ; NPD 6% (5s)
17/9/2006 : SPD 30,2% (23s) ; CDU 28,8% (22s) ; PDS 16,8% (13s) ; FDP 9,6% (7s) ; NPD 7,3% (6s)
2002 : SPD 40,6% (33s) ; CDU 31,4% (25s) ; PDS 16,4% (13s)
- Niedersachsen
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(Weil)
20/1/2013 : CDU 36,0% (54s) ; SPD 32,6% (49s) ; Grünen 13,7% (20s) ; FDP 9,9% (14s).
27/1/2008 : CDU 42,5% (68s) : SPD 30,3% (48s) ; FDP 8,2% (13s) ; Grünen 8,0% (12s) ; Linke 7,2% (11s).
2/2/2003 : CDU 48,3% (91s) ; SPD 33,4% (63s) ; FDP 8,1% (15s) ; Grünen 7,6% (14s).
- Nordrhein-Westfalen
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(Kraft)
13/05/2012 : SPD 39,1% (99s) ; CDU 26,3% (67s) ; Grünen 11,3% (29s) ; FDP 8,6% (22s) ; Piraten 7,8% (20s)
9/05/2010 : CDU 34,6% (67s) ; SPD 34,5% (67s) ; Verts 12,1% (23s) ; FDP 6,7% (13s) ; Linke 5,6% (11s).
22/5/2005 : CDU 44,8% (89s) ; SPD 37,1% (74s) ; Verts 6,2% (12s) ; FDP 6,2% (12s).
- Rheinland-Pfalz
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(Beck)
27/03/2011 : SPD 35,7% (42s) ; CDU 35,2% (41s) ; Grünen 15,4% (18s)
26/3/2006 : SPD 45,6% (53s) ; CDU 32,8% (38s) ; FDP 8% (10s)
2001 : SPD 44,7% (49s) ; CDU 35,3% (38s) ; FDP 7,8% (8s) ; Grünen 5,2% (6s)
- Saarland

(Kramp-Karrenbauer)
25/03/2012 : CDU 35,2% (19s) ; SPD 30,6% (17s) ; Die Linke 16,1% (9s) ; Piraten 7,4% (4s) ; Grünen 5,0% (2s).
30/08/2009 : CDU 34,5% (19s) ; SPD 24,5% (13s) ; Linke 21,3% (11s) ; FDP 9,2% (5s) ; Grüne 5,9% (3s).
5/9/2004 : CDU 47,5% (27s) ; SPD 30,8% (18s) ; Grünen 5,6% (3s) ; FDP 5,2% (3s)
- Sachsen

(Tillich)
30/08/2009 : CDU 40,2% (58s) ; Linke 20,6% (29s) ; SPD 10,4% (14s) ; FDP 10% (14s) ; Grüne 6,4% (9s) ; NPD 5,6% (8s)
19/9/2004 : CDU 41,1% (55s) ; PDS 23,6% (31s) ; SPD 9,8% (13s) ; NPD 9,2% (12s) ; FDP 5,9% (7s) ; Grünen 5,1% (6s)
- Sachsen-Anhalt
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(Haseloff)
20/03/2011 : CDU 32,5% (41s) ; Die Linke 23,7% (29s) ; SPD 21,5% (26s) ; Grünen 7,1% (9s)
26/3/2006 : CDU 36,2% (40s) ; PDS 24,1% (26s) ; SPD 21,4% (24s) ; FDP 6,7% (7s)
2002 : CDU 37,3% (48s) ; PDS 20,4% (25s) ; SPD 20,0% (25s) ; FDP 13,3% (17s)
- Schleswig-Holstein
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(Albig)
6/05/2012 : CDU 30,8% (22s) ; SPD 30,4% (22s) ; Grünen 13,2% (10s) ; FDP 8,2% (6s) ; Piraten 8,2% (6s) ; SSW 4,6% (3s)
27/09/2009 : CDU 31,5% (35s) ; SPD 25,4% (25s) ; FDP14,9% (15s) ; Grüne 12,4% (12s) ; Linke 6 (5s) ; SSW 4,3% (4s)
20/2/2005 : CDU 40,2% (30s) ; SPD 38,7% (29s) ; FDP 6,6% (4s) ; Grünen 6,2% (4s) ; SSW 3,6% (2s)
- Thüringen
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(Lieberknecht)
30/08/2009 : CDU 31,2% (30s) ; Linke 27,4% (27s) ; SPD 18,5% (18s) ; FDP 7,6% (7s) ; Grüne 6,2% (6s)
13/6/2004 : CDU 43,0% (45s) ; PDS 26,1% (28s) ; SPD 14,5% (15s)