1986-2006 : d'une présidentielle à une autre

Publié le par Joel Le Deroff

Pourquoi rapprocher les résultats des élections présidentielles de 1986 et 2006 ? Quoi de commun entre l’élection surprise de Mário Soares en février 2006, battant au second tour le chrétien-démocrate Diogo Freitas do Amaral pourtant largement en tête à l’issue du premier tour, et l’élection au premier tour d’Anibal Cavaco Silva, candidat de la droite en 2006 et ancien premier ministre (1985-1995) ? Quoi de commun si l’on considère de surcroît la division de la gauche qui a caractérisé l’élection de 2006, où, outre le PCP et les candidats d’extrême-gauche se présentaient deux candidats issus du PS ? Et si l’on ajoute le résultat quasiment humiliant de l’ancien président Mário Soares, devancé par le dissident Manuel Alegre ?

En réalité, ces deux consultations électorales offrent, avec 20 ans d’écart, les meilleurs exemples de confrontations serrées entre gauche et droite. La comparaison peut donc être instructive quant à l’évolution régionale des équilibres électoraux. Mário Soares a en effet remporté l’élection de 1986 avec 51,18% des voix, soit un score très étroit en comparaison avec 1991, où il avait été réélu avec le soutien des deux grands partis portugais, obtenant plus des deux tiers des suffrages exprimés dès le premier tour. Le Président Jorge Sampaio, élu en 1996 contre Anibal Cavaco Silva, puis réélu facilement en 2001, avait réalisé des scores confortables. En revanche, l’élection de M. Cavaco Silva en 2006, si elle a été acquise au premier tour, s’est faite avec un score de 50,59%, alors que tous les autre candidats, divisés mais tous de gauche, réalisaient un total de 49,41%.

La première constatation est que les clivages territoriaux ne se sont pas modifiés radicalement en 20 ans. Lisbonne reste sensiblement plus à gauche que la moyenne nationale, alors même que la mairie est actuellement gérée par le PSD (droite). Le sud du pays continue à être le bastion de la gauche, l’Alentejo en particulier faisant office de réservoir de voix communistes. Le nord, et surtout le nord intérieur, accorde toujours des majorités écrasantes à la droite, et les archipels de Madère et des Açores lui sont également fidèles. Seules deux districts ont inversé leur préférence : Porto, qui passe d’un vote Soares franc à majorité pour Cavaco Silva légèrement supérieure à la moyenne, et Castelo Branco, où, bien que Soares ait été clairement battu en 1986, ne donne pas la majorité à Cavaco Silva en 2006.

En affinant le niveau d’analyse, les observations se précisent et se diversifient :

- Comme cela est visible sur la carte, une certaine homogénéisation territoriale est lentement en cours. En effet, le sud du pays voit la gauche perdre sensiblement plus de points qu’au niveau national, et particulièrement en ce qui concerne l’Algarve, région touristique par excellence, dont l’évolution peut rappeler celle de la côte d’Azur en France. Inversement, nombreux sont les districts du nord où la gauche progresse de quelques points, malgré la forte domination de la droite. Cela est également vrai des deux archipels, et ce autant à Madère, solidement tenue par des dirigeants de droite, qu’aux Açores, gérées depuis deux mandats par le parti socialiste bien que favorisant la droite aux élections nationales.

- Les deux grandes aires métropolitaines appellent des commentaires particuliers. L’évolution dans le district de Lisbonne est proche de la moyenne nationale, Cavaco Silva progressant même légèrement moins, alors que celui de Porto enregistre une des plus fortes poussées de la droite, contrairement au reste du nord du pays. Pourtant, les situations sont moins différentes qu’il n’y paraît. En examinant de plus près les résultats de plusieurs communes importantes, il apparaît que la gauche résiste mieux dans les villes centres qu’en moyenne (Porto, -1,36%, progression de 0,08% à Lisbonne). En revanche, la progression de la droite égale ou dépasse la moyenne nationale dans la périphérie de Lisbonne, et est particulièrement forte dans l’aire métropolitaine de Porto (Vila Nova de Gaia, +4,71, Vila do Conde +5,48…), expliquant le basculement du district.

- Les résultats de Coimbra et surtout de Faro confirment la tendance des centres urbains à limiter les gains de la droite. La capitale de l’Algarve voit en effet la gauche perdre seulement 0,97%, contre un dégringolade de 5,55% sur l’ensemble de la région.

Pour mémoire, après la carte sur les tendances des évolutions régionales, suit une carte des résultats des élections 2006.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Portugal

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