La Pologne électorale : 25 septembre 2005
Les législatives de 2005 sont la conclusion de la longue agonie d'une législature de gauche post-communiste polonaise, portée triomphalement au pouvoir en 2001 (41%), et plombée par les scandales. C’est aussi la confirmation de l’instabilité polonaise qui veut que chaque élection apporte une alternance depuis le retour de la démocratie.
C’est un paradoxe, car le gouvernement sortant, dirigé la dernière année par un homme respecté de centre-gauche (Marek Belka), avait à son actif une adhésion réussie à l’UE, une opinion qui en était contente, l’argent de la PAC qui commençait à affluer, la croissance qui se stabilisait à un haut niveau. Mais un chômage qui se stabilisait aussi à un haut niveau (18% environ), après une hausse vertigineuse.
Il faut légèrement nuancer ce constat de décès de la gauche. Lors de la précédente alternance, le parti au pouvoir, l’AWS (Coalition électorale de Solidarité, droite), n’avait même pas pu rester représentée à la Diète. Le SLD, parti sortant en 2005, a réussi à éviter cela malgré la perte des trois quarts de ses électeurs.
Pour l’ensemble des forces politiques, 2005 a apporté des réponses à des questions que les européennes de 2004 avaient déjà largement explorées.
- En 2004, la Plate-forme Civique PO, de droite libérale, était en tête, mais échouait à dominer vraiment la droite. PiS (Droit et Justice), parti catholique très conservateur, et la LPR (Ligue des familles polonaises, intégristes catholiques) faisaient, ensemble, autant de voix qu’elle. Cette situation de force et de vulnérabilité se trouve confirmée : la PO fait un bon 24%, mais la PiS ayant enclenché une dynamique, réussit à la doubler in extremis avec 27%.
- Aux extrêmes, la LPR a reflué notablement en un an, elle fait moins de 8%. Le sort de Samoobrona, « Autodéfense », qui en 2004 avait été un moment le parti le plus inquiétant pour le leadership de la PO, d’autant plus inquiétant que son leader a parfois une rhétorique qui rappelle plus Hitler que Le Pen, a a été redimensionné dès 2004 par un score finalement décevant aux européennes. Cette année, il améliore un peu ses positions, mais en reste à 12% de l’électorat, sans gros progrès.
- Le petit parti centriste de Bronislaw Geremek (UW), entré in extremis au Parlement européen, et membre du groupe ADLE, ne renouvelle pas l’exploit après un an de soutien à Marek Belka.
- A gauche, la « social-démocratie », fondée avant les élections européennes de 2004, voulait concurrencer le SLD en déconfiture, en attirant ses forces vives épargnées par les scandales. Les élections européennes ont préfiguré son échec : elle avait eu des élus, mais avec 6%, elle ne réussissait pas à prendre la tête de la gauche, le SLD atteignant 9%. 2005 entérine brutalement cet état de fait décevant : le SLD reste le « parti légitime » de gauche, alors qu’il la coule cependant par son discrédit. Il devra être au centre de la reconstruction : avec 11,5% des voix, il garde une visibilité, alors que la « social-démocratie » se noie à 3,5% et rate l’entrée au Parlement.
- Le PSL, parti paysan inscrit à droite au Parlement européen (PPE), mais allié traditionnel de la gauche depuis 70 ans, y compris lors de l’instauration du communisme, reste stationnaire à 7% environ.
Ainsi, la défaite des sortants, avec encore plus de 22% des voix au total pour les héritiers de la coalition élue en 2001, s’apparentait finalement plus à la lourde défaite de 1993 du PS français, qu’à la disparition de l’AWS en 2001. Mais l’avenir est incertain. Les extrêmes-droites pèsent aussi environ 20% des voix. Et l'impossibilité des deux premiers partis à s'entendre à rejeté dans l'opposition celui des deux qui est le moins à droite (PO), et occupera donc le centre de l'échiquier politique. L'impopularité du nouveau pouvoir risque de plus lui profiter qu'à la gauche, et les municipales de l'automne 2006 ont été dans ce sens.
Suivent ci-dessous quelques cartes. La victoire des droites a été acquise dans les villes, où les deux partis cumulent plus de 60% des voix (zone industrielle Cracovie-Katowice-Sosonowiec au sud, Varsovie), la PO étant plus urbaine que PiS, également implantée dans certaines campagnes du sud et de l’est. La carte représentant le rapport de force droite/gauche/extrêmes est suivie d'une carte pour chacun des deux grands partis de droite. La différence d'implantation entre PiS et PO est notamment visible entre les deux circonscriptions de Varsovie, la centrale et la périphérique.



Les catholiques intégristes de la LPR sont forts dans le sud-est du pays. Samoobrona a faitt de très bons scores dans les zones rurales du centre du pays, autour de Varsovie. Les deux partis extrêmes devancent même la droite dans la circonscription de Chelmno, à la frontière est (voir première carte). En revanche, ni l’un ni l’autre ne sont urbains.


Les forces du PSL paysan sont concentrées dans les régions rurales centrales, souvent les mêmes que celles de Samoobrona.

Quand à la gauche SLD, elle surnage dans le tiers nord-ouest du pays. Si on ajoute les voix de la « social-démocratie », qui a mieux réussi en ville, elle fait aussi des scores supérieurs à sa moyenne dans certaines villes, notamment la circonscription de Varsovie-I-Centre (par opposition à Varsovie-II-ceinture-rurale). Préfiguration du score réussi aux municipales de 2006 à Varsovie (plus de 20%) ?
