La Pologne électorale : 21 octobre 2007
Les élections législatives anticipées occasionnées par la chute de l'instable coalition du Premier ministre Jaroslaw Kaczynski ont été l'occasion pour les Polonais de retourner aux urnes. Avec une participation de plus de 53%, qui peut sembler faible en regards des chiffres enregistrés dans d'autre pays, ils battent en effet un record dans un pays où l'abstention augmentait progressivement jusqu'à frôler 60% en 2005
L'élection été marquée par une bipolarisation extrême entre les deux grands partis de droite. En 2005, la Plate-forme civique (PO) de droite libérale conservatrice, et Droit et justice (PiS), de droite populiste et catholique, rassemblaient 51% des voix exprimées. Cette année, ils représentent plus de 73% des suffrages. Cette situation s'explique par l'atonie de la gauche, dans une élection dont l'enjeu était de battre les Kaczynski, et où le vote "utile" se portait donc sur PO. Elle s'explique aussi et surtout par l'effondrement des catholiques intégristes de la Ligue des familles polonaises (LPR) et des populistes d'Autodéfense (Samoobrona), relégués hors du Parlement avec environ 1% chacun.
Enfin, la victoire de Donald Tusk, qui avait perdu successivement les législatives et la présidentielle de 2004 pour PO, est éclatante. Avec plus de 41% des voix, son parti réalise, à égalité avec le SLD en 2001, le meilleur score d'un parti politique depuis le rétablissement de la démocratie. PiS ne s'effondre pas, bien au contraire, puisque, aspirant les voix de ses alliés défait, le parti du président dépasse 32% (+5 points environ).
La situation de la gauche :
La gauche polonaise s'était réunie dans une coalition "Gauche et démocrates", LiD, qui rassemblait le SLD, UP, la sociale-démocratie et s'étendait au parti démocrate centriste de Bronislaw Geremek. Peine perdue. La progression en voix est d'à peine 1,5% sur le score du seul SLD en 2005, et le recul patant par rapport au total des partis concernés la même année. Géographiquement, LiD se retranche dans ses "fiefs" de la moitié nord-ouest du pays, et recule nettement à Varsovie-ville, face au bond en avant de PO.

La progression du parti paysan PSL :
Le PSL, en frôlant 9% des voix, fait mieux que se maintenir et se présente comme le partenaire de coalition naturel pour PO. Déjà allié au SLD dans le passé, il est membre du PPE européen comme PO. Ses progrès sont notables dans le centre du pays, hors les villes.

La progression de PO :
La Plate-forme civique progresse d'une manière relativement régulière sur le territoire, cependant cette progression est encore plus marquée dans ses zones de force. Outre les métropoles, il s'agit du nord et de l'ouest du pays, dans une sorte d'arc de cercle longeant la Baltique avant de se replier vers les villes industrielles du sud-ouest. Les cartes suivantes mettent en perspective la force du parti et l'importance de sa progression. La ressemblance avec la carte de l'électorat de gauche renforce l'hypothèse d'une amplification du score de PO par un phénomène de "vote utile".


Les évolutions variables de l'électorat de PiS :
L'électorat de PiS évolue de façon très variable. Il enregistre des poussées très fortes (plus de 10 points) dans les zones étendues où il demeure le premier parti, au centre-est et à l'est du pays, où il siphone manifestement l'ancien électorat des partis extrêmistes et populistes. Peu de régions lui donnent des progressions de 5 à 10%. Elles sont un certain nombre à lui accorder des progressions plus faible que la moyenne (- de 5%), dans certaines villes et dans les zones de force de PO et de la gauche. Elles sont surtout près d'un quart, y compris Varsovie, à faire diminuer son résultat. On peut émettre l'hypothèse que PiS a perdu une part des 27% de voix qui s'étaient portées sur lui en 2005, tout en gagnant de plus nombreux suffrages sur les décombres de la LPR et de Samoobrona qui cumulaient près de 20% des voix il y a deux ans. Ainsi, sa progression est claire dans les zones où ces formations étaient puissantes, et négligeable ou négative là où elles étaient relativement faibles. Comme pour PO, la carte de l'évolution des voix PiS est suivie de celle des résutats du parti en 2007.


Le résultat du Match !
La dernière carte présente les résultats du "match" PO-Donald Tusk v. PiS-Jaroslaw Kaczynski. Elle confirme le constat, visible dans toutes les autres cartes, d'une division entre les zones du centre, de l'est et du sud-est dominées par le populisme catholique, et celles de la Baltique, du nord-ouest et de l'ouest, ainsi que des métropoles, où la droite libérale conservatrice mais aussi la gauche sont au dessus de leurs moyennes.
