13 et 14 avril 2008 : recomposition du paysage politique italien

Publié le par Joel Le Deroff

Les élections du 13 et du 14 avril 2008, avec une participation en léger recul, ont eu un résultat conforme à ce qu'annonçaient les sondages, même si le score de la coalition berlusconienne a finalement été supérieur à ce qui était prévu... au détriment principalement de la "Gauche arc-en-ciel", alliance des partis communistes et des Verts qui disparaît du Parlement alors qu'on lui attribuait 7 à 8% des voix.

La première constatation du scrutin, c'est que, pour la première fois depuis 1996, il y a eu un vrai déplacement de voix en Italie, et ce au détriment de la gauche. Auparavant, à 1 ou 2% près, il n'y avait pas de réel déplacement de voix, et la recomposition perpétuelle des alliances était la principale cause de l'inversion du résultat d'une élection législative à l'autre. D'autres constats doivent être faits.

Tout d'abord, le PD plus que réussi son pari, en éliminant toutes les autres forces de gauche pour rester la seule voix de l'opposition (avec son allié Antonio di Pietro). Mais à quel prix ? En fait, il a quasiment éliminé toute la gauche, car lui-même peut difficilement être considéré comme de gauche au sens italien habituel du mot. Il n'y a plus de socialistes ni de communistes au Parlement. Dans le même temps, la carte de son implantation est particulièrement fidèle à celle du PCI dont il est un héritier. Les "régions rouges" centrales restent le socle insuffisant de la nouvelle formation, avec quelques autres provinces dont Turin, Rome et la Basilicate. Insuffisant, comme l'atteste la carte du rapport de force entre les deux principales coalitions, qui montrent le centre-gauche cantonné dans ces zones de force.













































Parallèlement, le PDL de Silvio Berlusconi, fusion de son parti Forza Italia avec l'Alliance nationale post-fasciste, réussit sa première élection législative en cumulant les scores de ses deux prédécesseurs.  Il s'affirme dans d'anciens fiefs démocrates-chrétiens méridionaux et insulaires, comme dans les régions de force traditionnelles de la droite post-fasciste autour du Latium. En revanche, il ne fait pas le plein des voix dans le nord-est, du fait de la progression des suffrages en faveur de la Ligue du Nord qui le dépasse dans certaines provinces. Le résultat le plus spectaculaire est le succès de la droite en Campanie. Dans cette région, la crise des ordures a mis fin de façon très brutale à la suprématie du centre-gauche, la droite réalisant un score considérable. C'est dans cette région de 5 millions d'habitants que l'écart entre PDL et PD s'est creusé sans commune mesure avec les habitudes électorales des années précédentes.























La Ligue du Nord, sans égaler son record de 1996, prospère dans les régions du Nord. Son fief demeure l'ensemble Vénétie-Lombardie, avec une présence significative mais moindre dans le Piémont et le Frioul, et une incapacité à devenir une grande force politique, malgré une certaine progression, en Lombardie et en Emilie-Romagne. Son score national de 8%, qui atteint 25 à 30% dans les provinces les plus favorables, assure à Silvio Berlusconi sa majorité. La carte représente uniquement les régions où elle avait des candidats.























Quant à l'UDC "centriste" (en réalité démocrate-chrétien nettement à droite), son score est en baisse, mais il n'a pas souffert autant que la Gauche Arc-en-ciel, et reste au Parlement. La carte de son implantation est inchangée par rapport à 2006, et cette stabilité aura été son atout.























La presse parle au sujet du bipartisme émergent du passage à une "troisième République". L'Italie n'a jamais eu qu'une constitution républicaine, mais on a parlé de "deuxième République" quand les partis traditionnels (DC, PSI...) ont disparu au début des années 1990. L'avenir dira si le nouveau bouleversement de 2008 est durable. En attendant, un paradoxe : numériquement, la "troisième République"... est une copie conforme de la première République, moyennant une translation de l'ensemble du champ politique vers la droite. Ainsi, de gauche à droite :

- une force marginale de gauche extra-parlementaire (autrefois d'extrême-gauche) ;
- un grand parti structurellement dans l'opposition (le PCI hier, le PD néo-consensualiste, centriste et pour une large part catholique aujourd'hui) ;
- un parti représenté au Parlement, toujours minoritaire, mais compatible avec
les grandes forces pour de possibles alliances (le PSI hier, aujourd'hui l'UDC chrétienne-démocrate, comparable à Christine Boutin en France) ;
- le premier parti du pays (la démocratie chrétienne centriste hier, aujourd'hui Berlusconi qui a fusionné son parti avec les post-fascistes) ;
- un parti fasciste authentique (le MSI hier, et désormais les descendants de son aile minoritaire qui ont refusé sa mutation des années 1990, et ont obtenu environ 3% des voix).

Seule différence de taille : la Ligue du Nord, qui est pourtant, dans un paysage partisan mouvant, le plus ancien des partis représentés au Parlement (depuis les années 1980).. Il n'existait pas de parti régional avant elle.  La Ligue est clairement raciste et religieusement radicale. Mais elle s'oppose culturellement au fascisme, car celui-ci est centralisateur.

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Publié dans Italie

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