9 et 10 avril 2006 : l'Italie coupée en deux

Publié le par Joel Le Deroff

Un pays difficile à gérer... Mais une situation passionante du point de vue électoral : comment mieux apprécier la localisation territoriale des rapports de force que dans une élection où deux blocs politiques arrivent à égalité ? Assez savoureux de ce point de vue.

La première carte ci-dessous montre la répartition électorale des deux coalitions par province (équivalent du département français), lors des élections à la Chambre des députés, où les deux coalitions n'avaient que 24000 voix d'écart. L'Unione est la coalition de centre-gauche dirigée par Romano Prodi, la CdL (Casa delle Libertà) est l'alliance de centre-droit dirigée par Silvio Berlusconi. Comme les commentaires l'ont répété sans cesse, le Nord riche a voté à droite : Lombardie, Piémont, Vénétie. Mais il faut un peu nuancer : outre l'exception notable de Turin, les provinces de Milan ou Venise n'offrent pas de grosse majorité à la droite. En outre, la Ligurie, avec Gênes, penche en grande partie à gauche, bien qu'elle fasse partie du "triangle industriel historique", Milan-Turin-Gênes. Et puis, l'Emilie-Romagne et la Toscane, les régions les plus "rouges" fiefs de l'ex-PCI, confirment leur orientation politique historique. Ce sont aussi des régions très riches. Dans le Latium et en campagnie, les capitales penchent à gauche. Les résultats varient ensuite selon les régions du sud. La Sicile restant le fief le plus ancré à droite.

A gauche...

Les cartes qui suivent sont construites à partir des résultats des élections au Sénat en ce qui concerne pour celles qui représentent les résultats des DS (Démocrates de Gauche, membre du PSE) et de la Margherita (post-démocrates chrétiens de centre-gauche) : ces deux partis s'y présentaient séparément, contrairement à ce qu'ils ont fait à la Chambre, où ils faisaient liste commune.

La première constatation, justement, est que la victoire à la Chambre est largement due à cette liste commune, qui a atteint 31,3% des voix, contre 27,7% pour la somme des deux partis au Sénat... où la droite était majoritaire en voix (mais pas en sièges). Ci-dessous suivent, dans l'ordre, les cartes de la liste commune, puis des DS et de la Margherita.

Il est intéressant de noter que la carte de la liste commune ressemble beaucoup à celle des DS, alors même que le second parti membre de la liste commune a des positions territoriales a des positions quasiment inverses (Sicile, Vénétie, certaines parties de la Campanie). Cela est dû en grande partie au fait que les écarts sont beaucoup plus fort dans les scores des DS que dans ceux de la Margherita, et qu'ils restent visibles dans le résultat de leur liste commune, à peine atténués. Les échelles choisies en témoignent.

A noter que le PRC (communistes orthodoxes) gardent des zones d'influence très comparables aux DS, issus également de l'ex-PCI :

A droite ... :

A droite aussi, l'implantation des différentes forces est très variable. Ainsi, Forza Italia (ci-dessous), implantée plus homogènement que les DS par exemple, a ses points forts en Sicile, en Lombardie, mais aussi en Campanie et Molise. Outre les régions centrales traditionnellement "rouges", FI est faible dans le Latium, où elle est en fait devancée à droite par AN. La Calabre et les régions à statut spécial du Nord complètent ce tableau des zones d'implantation limitée. Dans le dernier cas, il faut y voir le résultat de la domination de partis locaux alliés au centre-gauche.

L'Alliance Nationale, transformée en parti de droite "fréquentable" par Gianfranco Fini, garde toujours certains héritages du vieux MSI post-fasciste dont elle vient. Notamment pour les zones d'influence. C'est comme cela qu'elle domine la droite dans le Latium et notamment à Rome, devant FI :

Quant à l'UDC (Union des démocrates chrétiens et des démocrates de centre), les chrétiens-démocrates de droite, ils ont des zones d'influence étonnamment parallèles à celles des chrétiens-démocrates de gauche. La famille post-DC a encore quelque chose d'une famille, et c'est aussi pour cette raison que, périodiquement, ressurgit le dessein d'en reformer l'union...

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Publié dans Italie

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